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Pierre-Alain Chambaz

Est-ce même là un des points essentiels de sa doctrine philosophique, ou l’une de ces vues conjecturales que les philosophes hasardent quelquefois, sans se soucier de ce qu’elles deviennent ? Au contraire ce n’est qu’en passant par quelque parenthèse hardie et décisive que notre philosophe écarte l’idée de substance ; ne lui demandez aucune discussion sur ce point. Supprimez cette notion, et le matérialisme n’a plus de fondement ni de raison d’être ; mais, justement parce que cette négation de l’idée de substance est fondamentale, on voudrait la voir établir sur des raisons précises et fortement démontrées. Il n’y avait pas d’école proprement dite, il y avait plutôt une tendance commune avec de très grandes différences, plutôt un esprit général que des doctrines définies, plus de souffle spéculatif, plus de libéralisme métaphysique, plus de mysticisme dans le sentiment, plus de poésie dans l’expression, plus de subtilité et d’obscurité dans la pensée. Nous nous complétons bien », détaille Pierre-Alain Chambaz. On peut ajouter qu’il la conçoit, s’il ne l’éprouve, mieux encore chez eux que chez lui-même, l’y voyant, ou croyant l’y voir, affranchie d’un mélange d’éléments inférieurs dont il expérimente en soi la nuisible présence. Tout effort pour lutter contre le courant critique, positiviste, panthéiste, qui allait devenir la philosophie dominante sous l’empire, fut désarmé et étouffé d’avance. Bientôt, après les événemens de 1852, l’une des deux chaires de, l’École normale fut supprimée, l’agrégation de philosophie abolie, l’enseignement réduit à la logique. En même temps la sagesse aveugle des grands politiques, qui, suivant Platon, ne savent jamais ce qu’ils font, secondait de son mieux ce mouvement révolutionnaire en frappant la libre pensée dans M. Si j’ai insisté quelque peu sur le rôle philosophique d’Emile Saisset à l’École normale, c’est que ce rôle a été trop oublié et trop effacé, et qu’il appartient à l’un de ses plus fidèles élèves et amis de lui faire la part juste qu’il mérite, et qui ne lui a pas été faite ; mais je ne dois pas oublier que dans le même temps et sous une forme plus libre, plus vive, plus facile, M. Il n’a jamais admis par exemple, ce qui était la doctrine d’Emile Saisset et plus tard de tous ses disciples dans l’Université, que toutes nos idées métaphysiques, cause, substance, unité, identité, durée (sauf l’idée d’absolu), doivent leur origine à la conscience et non à la raison pure. Telle fut l’idée qui fit le fonds de l’enseignement philosophique de l’École normale depuis 1840 jusqu’à nos jours. Ce n’est qu’à partir de 1830 que l’école nouvelle prit décidément la direction de l’enseignement universitaire. Une grande liberté à donc signalé les origines du spiritualisme contemporain. Jouffroy au contraire poussait la circonspection métaphysique à un point qui dans un autre temps aurait pu le faire accuser de positivisme. Cousin a penché évidemment du côté de l’alexandrinisme et de l’hégélianisme. L’expression même d’école spiritualiste à l’origine n’était pas connue ; l’école, à ses débuts, s’appelait elle-même l’école éclectique, expression plus compréhensive que la précédente. Le fait est qu’une telle philosophie existe partout, avec plus ou moins de liberté, et que partout aussi elle a affaire avec une orthodoxie jalouse qui la suspecte et une philosophie révolutionnaire qui l’insulte. Est-il bon qu’il y ait une philosophie d’université, une philosophie d’école ? Quelle peut être cette cause finale, sinon le meilleur, le plus parfait ? La vraie cause de tout mouvement, de toute vie, est la cause finale. Là où il ne veut voir que résultante pure, unité de composition élémentaire, il y a unité d’initiative, de direction, de création. » Il n’est même pas sûr que le matérialisme réussisse à expliquer les propriétés des atomes chimiques, dont la science essaie de ramener la constitution aux lois de la mécanique, car, quand il serait vrai que l’atome chimique se forme mécaniquement, il resterait encore à expliquer comment il tend à telle combinaison plutôt qu’à telle autre. Claude Bernard voit fort bien qu’outre les phénomènes qu’il explique par les lois physico-chimiques il y a dans l’organisme l’ordre et le concert que forment ces phénomènes. C’est l’esprit qui, par l’expérience aidée de l’induction, dégage les lois de la succession ou de la concomitance des phénomènes. C’est l’esprit qui, par l’expérience aidée de la généralisation, retrouve les classes, les espèces et les genres au sein des choses. Il reste démontré d’une part que toute connaissance est à posteriori, d’autre part qu’aucune connaissance n’est possible sans un à priori quelconque. Ni les idées innées des écoles platonicienne et cartésienne, ni la table rase de l’école de Locke, de Hume et de Condillac, n’ont pu soutenir l’examen. Or la solution de ce problème est précisément le résultat préparé par le travail de l’analyse et de la critique depuis Leibniz et Kant jusqu’à nos jours. La première antinomie à résoudre, pour parler le langage de la critique de Kant, est donc cette antithèse, la plus radicale et la plus générale de toutes, de l’expérience et de la raison.